Par Frater A
Dans une école des mystères, l'un des tout premiers enseignements concerne la subconscience avec laquelle le nouvel étudiant doit apprendre à travailler. Comme son nom l'indique, la subconscience est cette partie de la conscience située sous le seuil de la conscience claire : on l'appelle pour cela conscience subliminale. Elle constitue pour chaque être humain le réservoir de toutes ses activités passées, sans oublier ses pensées, sentiments et autres réactions : c'est sa mémoire personnelle, dont la plus grande partie est enfouie dans les replis de son inconscient. La subconscience régit aussi les fonctions vitales telles que la digestion, la respiration ou les battements du cœur, etc... Le processus subconscient est allusif et automatique. Cela signifie que la subconscience réagit à un langage indirect et imagé.
Pour envoyer un message à la subconscience, avec laquelle je désire travailler, je dois imager une pensée claire et précise, par exemple un objectif que je désire atteindre concernant ma vie de tous les jours. Si je réitère cette demande à intervalles réguliers, pendant des jours, des semaines ou des mois, j'obtiens sur le plan astral, plan de la subconscience et des images, une forme pensée constituant un réservoir de puissance bien réelle qui me mettra dans les meilleures conditions corporelles, mentales et objectives, (les circonstances en apparence extérieures), de réalisation de mon objectif de départ. Si mon intention est raisonnable, c'est-à-dire possible, forte, nourrie chaque jour avec une grande intensité et s'il n'y a pas d'interférence, soit dans ma résolution, soit sur le plan astral, j'obtiendrai nécessairement le succès dans mon entreprise. Les causes d'échec ne sont pas imputables à la subconscience elle-même, elles proviennent le plus souvent d'un objectif mal formulé ou trop ambitieux.
Une intention vague, aux contours mal dessinés, soutenue par une volonté chancelante, est vouée dès le départ à l'échec. On peut ranger dans cette catégorie les résolutions de nouvel an qui généralement ne tiennent pas plus de quelques jours et qui ne se réalisent donc forcément jamais. Inversement, les projets trop ambitieux connaissent le même sort. Il se peut que je veuille par exemple devenir un champion sportif, parce que cela flatte ma vanité, si je me contente jour après jour de m'asseoir à ma table, même en me concentrant intensément, il est peu probable que je voie se réaliser mon ambition. Je dois d'abord évaluer mes chances de succès, c'est-à-dire qu'au départ je dois posséder des dispositions et des qualités qui, au terme d'un long entraînement physique, soutenu par une volonté sans faille, me permettront sans doute d'atteindre le niveau désiré. Il va sans dire que si je n'ai pas vraiment l'étoffe d'un futur champion, jamais je n'aurai la force physique, ni la fermeté d'âme nécessaires à l'accomplissement d'un entraînement difficile et rigoureux. Il en va de même pour toute entreprise humaine et en particulier pour les objectifs spirituels.
Si je désire la libération, l'illumination spirituelle, je dois d'abord faire un premier pas dans la bonne direction, c'est-à-dire formuler un objectif qui me rapprochera de ce but en apparence lointain. Ce premier objectif doit être accessible par mon travail quotidien, dans des délais raisonnables. Ainsi je ne pourrai alléguer, comme cela arrive si souvent, l'impossibilité de réaliser une tâche trop difficile que j'interromprai très vite parce que je manque de constance. Inversement, si je choisis un objectif insignifiant donc sans intérêt, je serai certainement soumis aux mêmes déconvenues. Pour aborder le travail de la subconscience avec profit, il faut d'abord agir avec détermination, mais surtout avec calme et une certaine sérénité. Lorsque j'ai établi mon projet, évalué mes chances de succès et programmé les étapes pour y parvenir, j'établis le contact avec la subconscience en me concentrant à intervalles réguliers, imaginant, à chaque fois, pendant un temps relativement court, la réalisation de mon objectif comme acquise. Puis je laisse agir la subconscience seule, c'est-à-dire qu'en dehors des périodes de méditation, j'oublie complètement mon entreprise, je fais le vide. Il faut en cela imiter le cycle de la nature : après avoir préparé la terre et semé le grain, il faut attendre avec patience que le blé germe sous terre à l'abri de la lumière : la germination se fait toujours dans le noir... L'agitation, des réactions excessives et inadaptées créent le trouble dans la subconscience et le doute quant à la réalisation de notre objectif. Or, c'est une particularité de la subconscience d'obéir à la suggestion la plus forte, même et surtout si elle reste informulée, mais insidieusement bien présente : la moindre faille dans la résolution et l'action qui doit suivre et c'est l'échec assuré !...
Il est une autre source d'insuccès qui peut provenir du plan astral lui-même. Le plan astral ou plan psychique est le plan immédiatement supérieur au plan physique. Sur l'arbre de vie, il représente la sphère de Yesod ou sphère de la Lune, c'est le plan de la lumière réfléchie. Cette réflexion ou inversion de la Lumière existe aussi bien par rapport à Malkuth, le plan physique à partir duquel nous oeuvrons, que par rapport au plan supérieur de Tiphareth qui est la sphère du Soleil de l'Illumination. Notre quête spirituelle consiste à recevoir l'inspiration venant d'en haut, de la sphère de Tiphareth. Nous ne pouvons avoir accès à ce plan de l'adeptat qu'à travers la sphère de réflexion de Yesod, cela signifie qu'il nous faut passer par le plan intermédiaire de la lumière réfléchie du plan astral et cela n'est pas sans poser un problème d'identification et de redressement.
Le plan astral est le plan des rêves et des formes pensées. Nous avons tous constaté que dans nos rêves tout est inversé, comme si nous regardions dans un miroir. Ce qui, sur le plan physique, est à droite semble, sur le plan astral, situé à gauche et inversement. De plus, le plan astral est appelé aussi la sphère des illusions, ce qui signifie que tout ce que nous voyons sur ce plan est sujet à caution et doit donc être décodé. Le psychanalyste connaît cette particularité, c'est pourquoi une partie de son travail consiste à interpréter les rêves de ses patients. Notre travail spirituel est d'une autre nature car nous pouvons recevoir au cours de nos méditations conscientes des messages en provenance de ce plan, messages que nous devrons authentifier en les soumettant à la pierre de touche de notre lucidité. Le principe est le suivant : les messages issus des plans supérieurs s'adressent à notre individualité, ils contiennent des enseignements sous la forme de vérité générale, à aucun moment ils n'interfèrent avec notre vie personnelle. Toute " intuition " visant à flatter notre ego est entachée d'erreur...
Le plan astral est appelé aussi le plan de l'inconscient collectif : c'est à travers ce plan que nous pouvons communiquer avec la subconscience universelle et, entre autres, avec la subconscience des autres êtres humains. Si ce plan conserve la somme de tout ce que nous avons jamais fait, pensé ou éprouvé, il constitue aussi la mémoire de toutes les autres consciences. Le plan astral conserve les annales de l'humanité depuis que l'Homme existe. Cela n'est pas sans conséquences à la fois bonnes et mauvaises pour chacun d'entre nous. A l'origine, le plan astral était vierge de toute pensée ou sentiment, mais de par sa nature propre, (la matière astrale est malléable et impressionnable, on l'a souvent comparée à de la cire vierge, on pourrait y ajouter l'image de la plaque photographique), il s'est peu à peu chargé de toutes les vibrations mentales et affectives de l'humanité, si bien qu'aujourd'hui ce plan est profondément saturé, voire pollué par la somme de toutes les formes pensées émises par l'ensemble des consciences humaines. A travers l'inextricable dédale de ces courants, il en est qui se sont regroupées par affinités, ce sont les égrégores.
Un égrégore est la somme des formes pensées qui vibrent à un même rythme. Dès que deux ou plusieurs personnes ont des intérêts communs, ils forment un égrégore. Il est des égrégores modestes comme une famille ou plus importants comme un club ou une association. Des partis politiques ou des religions dont les membres sont innombrables forment des égrégores très puissants. De toute évidence, une somme est toujours plus importante que chacun des éléments qui la constituent. Ainsi donc, les égrégores sont des formes pensées collectives qui peuvent acquérir sur le plan astral une force considérable dont pourra bénéficier chaque membre qui y est rattaché. Malheureusement, toute médaille a son revers, l'égrégore tient sous sa dépendance chacun de ses adhérents. En effet, il agit par induction et son pouvoir est d'autant plus pernicieux qu'il est inconscient.
Les membres d'un club sportif, d'un parti politique ou les fidèles d'une religion sont plus ou moins conditionnés par l'égrégore auquel ils sont rattachés et leurs réactions sont toutes calquées sur le même moule, ils réagissent aux mêmes slogans, aux mêmes images, se regroupent dans les mêmes lieux, adoptent le même langage, le même comportement. Vivant plus ou moins en circuit fermé, ils finissent par ne plus pouvoir supporter l'autre, la partie adverse, qu'ils veulent éliminer par tous les moyens... La forme pensée collective n'existe pas en tant que soi - conscience séparée, mais elle réagit curieusement comme si elle l'était, en tout cas, elle possède un mystérieux instinct de conversation qui lui fait rechercher avec avidité toujours de nouveaux membres pour, tel le dieu Moloch, accroître indéfiniment sa puissance. C'est ainsi que des égrégores très bas et très noirs comme les égrégores constitués par l'ensemble des alcooliques, des drogués ou des criminels et qui peuplent les couches les plus basses du plan astral, agissent comme de véritables vampires et maintiennent leurs victimes dans la dépendance et l'asservissement pour mieux jouir des fréquences vibratoires très lourdes qu'elles génèrent lorsque leurs victimes s'adonnent à leurs vices.
Même si les égrégores constitués par des associations, des partis politiques ou même des religions ont des buts en principe plus nobles et occupent donc les régions les plus élevées du plan astral, leur fonctionnement est identique. Ils finissent par annihiler tout esprit critique chez leurs membres qui ne réagissent plus que dans une seule direction : le sectarisme. La durée de vie de ces égrégores est fonction de l'apport énergétique que lui fournissent les membres humains qui les nourrissent de leurs pensées. Cela peut aller de quelques semaines, voire quelques mois ou années dans le cas d'une association de consommateurs ou d'un comité de défense, à des siècles ou même des millénaires lorsqu'il s'agit des grandes religions exotériques. Quelles que soient leur importance et leur puissance, la survie de ces égrégores dépend de la nourriture mentale et psychique que lui fournissent ses adeptes. Lorsqu'un égrégore n'est plus alimenté, il perdure encore un temps, parfois très long, puis finit par s'éteindre. Comme les civilisations elles-mêmes, les égrégores sont mortels...
Il existe cependant des égrégores immortels dont la survie ne dépend pas des êtres humains incarnés qui les nourrissent de leurs pensées. Ils sont soutenus d'en haut par des êtres infiniment évolués qui ont atteint les plans supérieurs de l'évolution. Ces adeptes ne sont plus soumis au cycle de la nécessité, mais ils continuent néanmoins à œuvrer sur les plans de conscience inférieure, comme le plan astral, à partir du plan des causes où se situe désormais leur niveau de conscience habituelle. S'ils agissent ainsi, c'est pour aider leurs frères plus jeunes, les chercheurs débutants qui oeuvrent au sein d'une fraternité, d'un égrégore spirituel qu'eux-mêmes ont peut-être utilisé autrefois avant leur illumination et avec lequel ils ont gardé des liens privilégiés. Ces égrégores immortels ont parfois laissé un nom dans l'histoire : la Rose+Croix, la Franc-Maçonnerie, pour ne parler que des plus connus en occident. Là encore, il faut faire la distinction entre la véritable Rose+Croix, constituée par d'authentiques adeptes et les nombreux mouvements rosicruciens terrestres qui aspirent à cet état.
En réalité, tous les égrégores intemporels se ressemblent car ils oeuvrent tous dans le même sens : ayant dépassé le plan des contingences, ils utilisent tous le langage universel de la Tradition. Pour eux, il ne peut être question de rivalité, ni de recherche frénétique de nouveaux membres puisque pour exister ils ne dépendent nullement de la conscience des êtres humains incarnés... En revanche, il est de toute première importance pour les membres des fraternités qui ont réussi à établir un lien avec ces adeptes, parfois appelés l'Ecole Intérieure, de garder le contact avec ces frères aînés qui vont les aider à transmuter leur personnalité et faciliter leur progression sur le sentier du retour. Cependant, le lien qui existe entre les maîtres et une fraternité donnée n'est pas acquis une fois pour toutes : il peut être rompu par les maîtres eux-mêmes si les vibrations de la fraternité en question dévient ou s'avilissent. Les causes d'abaissement d'un égrégore sont bien connues, elles proviennent toujours d'une perte de contrôle de la personnalité. Cela se traduit par la course au pouvoir, des dissensions internes répétées, des préoccupations matérialistes, tournant essentiellement autour de l'argent, le formalisme étroit, " la lettre qui tue l'esprit ", des connaissances insuffisantes et pour finir l'invasion psychique parce que le groupe s'est laissé dominer par ses émotions. Dès lors, les rituels mis en œuvre par ces mouvements sont incapables de dépasser le plan astral : on vit replié sur soi, on tourne en rond, les pensées émises par le groupe lui sont renvoyées comme dans un miroir, décuplées et déformées, causant de plus en plus de troubles et de ravages chez ses membres. Le groupe finit par s'étioler et se dissoudre, dans le meilleur des cas ou bien c'est la fuite en avant : le recrutement intensif de nouveaux membres qui, ne faisant que passer, s'égarent sur des voies de traverse. Quand le lien avec les plans supérieurs a été rompu, il est très difficile, sinon impossible, de rétablir le contact...
Les authentiques ordres spirituels, ceux dont les buts avoués et réels sont purs et qui recherchent sans détours le contact avec les plans supérieurs, connaissent ces obstacles auxquels toute fraternité est confrontée un jour ou l'autre. Ils ont prévu dans leurs statuts des garde-fous contre ces débordements intempestifs de la personnalité et recommandent à leurs adhérents d'avoir une attitude équilibrée aussi éloignée que possible de tout excès : respecter les autres, ne jamais critiquer les membres de la fraternité, éviter les débats contradictoires, s'abstenir de toute préoccupation autre que spirituelle, suivre les règles de la bienséance au sein du groupe, étudier l'enseignement des mystères sans se limiter à ceux de l'école dont on fait partie, etc.... Cela ne signifie pas qu'il faille adopter une attitude compassée et que le respect de ces quelques règles de bon sens engendre la mélancolie : être sérieux certes sans se prendre au sérieux !... En toutes circonstances, il faut garder sa lucidité et son sens de l'humour !...
Quelles que soient les circonstances dans lesquelles nous abordons notre recherche, que nous soyons seuls ou au sein d'une fraternité, il nous faudra opérer très vite un indispensable retour sur nous-mêmes. Toute quête spirituelle s'accompagne obligatoirement d'une meilleure connaissance de soi. Vaste et délicate entreprise qui nécessite toute notre énergie parce que sur elle repose la transformation indispensable de notre personnalité actuellement plongée dans l'erreur. Ceci est surtout vrai quand nous abordons le travail sur la subconscience, car si nous sommes capables d'utiliser les forces du plan astral, toute fausse manœuvre peut se révéler lourde de conséquences sur le plan personnel et engager notre responsabilité sur le plan collectif. Quand nous aurons suffisamment travaillé avec la subconscience et progressé assez loin, d'autres écueils se dresseront sur notre route, nous nous apercevrons vite, si nous sommes assez lucides, que ces obstacles sont d'abord en nous-mêmes et qu'ils sont constitués par toutes les parties obscures, non rédimées, de notre inconscient. Alors seulement pourrons-nous affronter notre gardien du seuil. Mais ceci est une autre et longue histoire, car le dragon ne se laisse pas facilement vaincre. Dans ce combat intérieur, il faut déployer beaucoup de subtilité, de délicatesse et de persévérance...
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